Cinq couleurs et le mythe de Nüwa
Five Colors and the myth of Nüwa
En Chine, les Cinq couleurs de base jouent un rôle important dans la conception du monde, de la valeur et de la vie des Chinois et se caractérisent par la richesse de ses contenus, la diversité de ses fonctions réelles et symboliques, et par la quête perpétuelle d’un monde multicolore harmonieux, où toutes les couleurs se rassemblent et s’équilibrent, pour former un état idéal de l’unité dans la diversité ( he er bu tong 和而不同),soit la grande harmonie suprême au-delà des diversités des goûts et des couleurs malgré leurs valeurs et significations divergentes et complexes. Les cinq couleurs évoquées ici et les pierres de cinq couleurs avec lesquelles Nüwa répare le ciel brisé pour sauver le monde, étroitement liées aux Cinq couleurs fondamentales dans l’imaginaire chinois, permettent de compléter nos réflexions sur la polyvalence des couleurs dans le contexte chinois, et de comprendre l’importance de la symbolique des couleurs dans les conceptions et relations humaines et leurs influences durables sur la culture chinoise et au-delà.
The five fundamental colors in China play an important role in the conception of the world, the value and the life of the Chinese and are characterized by the richness of its contents, the diversity of its real and symbolic functions, and by the perpetual quest for a world harmonious multicolor, where all colors come together and balance each other, to form an ideal state of unity in diversity (he er bu tong 和而不同),that is, the great supreme harmony beyond the diversities of tastes and colors despite their divergent and complex values and meanings. The five colors mentioned here and the five-colored stones with which Nüwa repairs the broken sky to save the world, closely linked to the Five Fundamental Colors in the Chinese imagination, allow us to complete our reflections on the versatility of colors in the Chinese context, and to understand the importance of color symbolism in human conceptions and relationships, and their lasting influences on Chinese culture and beyond.
Ce n’est point par hasard que la mythique Nüwa répare le ciel brisé avec des pierres à cinq couleurs. Le chiffre cinq, tout comme les nombres sept ou neuf, évoque la pluralité, la totalité et la plénitude dans l’imaginaire chinois. Il y a bien des significations pour chaque couleur en fonction du contexte social et des croyances spécifiques. C’est un sujet inépuisable. Il est vrai que, comme le résume H. Fischer, les couleurs ont toujours été et demeurent aujourd’hui les couleurs de nos mythes et en suivent donc les codes, qui varient avec eux selon les sociétés et les époques.
Symboliques de cinq couleurs : le rouge, le cyan, le vert, le qingse et le jaune
Dans la Chine ancienne, le rouge est la couleur du sud, du feu, de la joie, du bonheur et de la prospérité, par exemple les dui lian, distiques porte-bonheur sont calligraphiés sur deux rubans de papier rouge, les hong bao, pochette contenant de l’argent que les parents donnent à leurs enfants lors du Nouvel An chinois sont en papier rouge, les bian pao, pétards qui éclatent lors des fêtes sont enveloppés dans du papier rouge, surtout les robes traditionnelles et les palanquins de nouvelle mariée sont ornés de fleurs ou rubans rouges brillants, etc. Couleur faste et positive, le rouge signifie également le succès, le faveur, la vogue etc. l’expression kai men hong veut dire « obtenir de bons succès dès le commencement de l’année (du mois, du semestre…); hong ren évoque favori ou favorite, vedette, homme du jour, à la vogue… Le rouge est surtout associé aux femmes : hong yan (teint rouge) signifie belle femme, hong zhuang (vêtement rouge) signifie métaphoriquement parure élégante, donc jeune fille ou jeune dame. Comme en Occident, le rouge symbolise l’amour, le pois rouge hongdou, ou graine de l’abrus à chapelet, évoque l’amour dans la poésie chinoise, par exemple dans ce quatrain de Wang Wei : « Ces graines rouges ne poussent que dans le Sud, / Au printemps, se déploient ses rameaux nombreux, / Je vous convie à en cueillir à foison, / Car elles sont propres à rendre amoureux. » Mais comme toutes les autres couleurs, le rouge est polysémique et doué d’une symbolique tigrée ou plurielle. Donc, il peut aussi avoir des connotations négatives : yan hong (avoir des yeux injectés de sang) veut dire « regarder avec des yeux d’envie ou de convoitise », hai hongyan bing (souffre de la maladie des yeux enflammés) veut dire « être jaloux du succès des autres ». Le rouge évoque le sang, peut être donc associé à la vie par la transfusion du sang chez les malades qui en manquent, ou à la mort, à cause de la perte de trop de sang. Cette ambivalence du rouge appartient également à toutes les autres couleurs.
De nos jours, le rouge symbolise la révolution, le communisme, la gauche, en France comme en Chine ou ailleurs, et les exemples sont nombreux: ceinture rouge et banlieue rouge désignant l’ensemble des villes à mairie communiste entourant Paris, la Place Rouge, l’étoile rouge, l’Armée rouge, le Petit Livre rouge, les gardes rouges, le drapeau chinois rouge à cinq étoiles etc. sans oublier le bonnet rouge symbole de la Révolution française, le gilet rouge de Théophile Gautier lors de la bataille des romantiques contre les classiques, ou cette déclaration de Hugo révolutionnaire « j’ai mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire » etc.
Comme le cyan, l’indigo se distingue par différentes longueurs d’onde. Le zise, violet ou pourpre, est composé du rouge qui représente le yang et le bleu qui représente le yin, et il occupe donc une statue supérieure dans la hiérarchie des couleurs. Le pourpre représente l’harmonie de l’univers, tout comme l’union du blanc et du noir formant le Taiji tu. Dans la tradition chinoise, le violet est considéré comme une couleur de prestige et de fortune. Le palais de l’Empereur céleste est le Ziweiyuan, Constellation du Palais pourpre, située au centre du ciel nordique, tandis que la demeure du « Fils du Ciel » dans le monde terrestre est appelée Ziweicheng, Cité du Palais pourpre ou Zijincheng, Cité Pourpre Interdite. Les décrets de l’empereur sont appelés édits pourpres, les demeures des dieux et des empereurs sont appelées Terrasses pourpres, la haute atmosphère et les séjours des immortels sont appelés Vide pourpre ou Séjour pourpre, comme l’évoque le grand poète des Tang Li Bai dans son poème au style antique 19 : « Comme dans un rêve, je n’en vais avec les immortels, en chevauchant un cygne je m’élance vers la haute atmosphère pourpre. » (恍恍与之去,驾鸿凌紫冥)D’inspiration taoïste, l’expression « le souffle pourpre vient de l’Est » (紫气东来), est devenue une métaphore courante de signe de bon augure. Contrairement à Confucius qui rejète le pourpre, parce qu’il l’emporte sur le rouge, couleur fondamentale, les taoïstes vouent un culte au pourpre et les immortels portent des robes pourpres. Comme le jaune, le pourpre est aussi une couleur impériale et il est devenu synonyme de la noblesse, de la puissance et de la sagesse.
Le vert est une couleur courante dans la nature. C’est une couleur plus foncée que la couleur de la jeune herbe ou le vert vif, et c’est une couleur entre le vert et le jaune dans le spectre. Intimement lié à la nature, à l’est et au printemps, le vert représente la fraîcheur, l’espoir, la sécurité, le calme, le confort, la vie, la paix, la tranquillité, la nature, la croissance, la vitalité, la jeunesse et la détente. Et tous ces attributs du vert en fait naturellement l’emblème de la protection de l’environnement. Le vert est une couleur fort appréciée et exaltée dans la poésie chinoise comme ces deux vers célèbres de Wang Anshi: « La brise printanière reverdit les rives du sud du fleuve, / Quand retournerai-je au pays au clair de la lune? » (春风又绿江南岸,明月何时照我还?) Le vert accompagne souvent le rouge et le met en valeur comme l’évoquent deux autres vers du même poète des Song : « Parmi mille rameaux verts luxuriants brille une tache rouge, une minuscule fleur printanière suffit à chavirer les cœurs. » (浓绿万枝红一点,动人春色不须多。) Synonyme du vert, le qingse ou cyan est une couleur située entre le vert et le bleu dans le spectre visible, quelque peu similaire à la couleur du ciel. Le cyan signifiait à l’origine bleu dans les temps anciens, mais dans la peinture des couleurs, si le bleu est mélangé avec une petite quantité de vert (l’une des trois couleurs primaires soustractives), il contient plusieurs niveaux et similaire à la couleur de la jadéite. Dans un passé lointain, le cyan signifie même noir. Par exemple, dans le Livre des Odes (Shijing 诗经), le plus ancien des recueils de poèmes antiques chinois, « Qingqing zijin » fait référence aux vêtements noirs des lettrés ou fonctionnaires. Selon l’ordre des couleurs du spectre : rouge, orange, jaune, vert, cyan, bleu et violet (赤橙黄绿青蓝紫), le cyan doit être une couleur située entre le vert et le bleu, c’est-à-dire un vert bleuâtre ou un bleu verdâtre.
Associé à la terre et au centre, le jaune constitue une couleur réellement fondamentale dans la tradition chinoise, il représente le pouvoir royal et impérial, la sainteté, la stabilité, la douceur et la beauté. Contrairement au jaune souvent péjoratif en Occident comme en témoignent des expressions comme péril jaune, rire jaune, jaunisse du nouveau-né… le jaune est vénéré et apprécié dans la tradition chinoise. C’est la couleur de la Terre nourricière, du fleuve Jaune, un des plus longs fleuves chinois et berceau de la civilisation chinoise, l’empereur Jaune est parmi les premiers souverains mythiques de l’Antiquité chinois, et fondateur du taoïsme chinois avec Laozi. Depuis plus de deux milles ans, le jaune est l’une des cinq couleurs fondamentales en Chine, réservée exclusivement à l’empereur. Sous les Ming et Qing, le Fils du Ciel est vêtu d’une robe de brocart jaune brodée de neuf dragons à cinq griffes. Ayant comme ancêtre du taoïsme l’empereur Jaune, les prêtes taoïstes sont coiffées d’un bonnet de gaze jaune… Mais, paradoxalement, en Chine le jaune est aussi associé à des choses malfamées même horribles : le teint jaunâtre des malades ou des affamés, les romans licencieux appelés huangse shuji ou livres jaunes… Le jaune est donc aussi une couleur polyvalente et ambiguë, comme l’illustre M. Pastoureau dans son livre consacré à la couleur jaune, où s’mêlent or, soleil, chaleur, citron, prospérité, soufre, mensonge, bile, trahison, folie etc.
Le mythe de Nüwa réparant le ciel avec les pierres de cinq couleurs
Dans une étude sur la symbolique des cinq couleurs fondamentales en Chine, les pierres de cinq couleurs avec lesquelles Nüwa répare le ciel brisé pour sauver le monde mérite d’être évoqué, car ce mythe primordial permet de comprendre l’importance de la symbolique des couleurs dès l’aube de la civilisation chinoise et son influence durable sur la culture chinoise.
Nüwa butian (女娲补天), ou Nüwa répare le ciel brisé avec des pierres de cinq couleurs, est un des mythes les plus célèbres en Chine. Déesse créatrice et bienfaitrice, elle a façonné les premiers hommes avec de la glaise, leur a donné le pouvoir de procréer, et a réparé le ciel brisé. On lui prête souvent un corps de serpent. Elle forme un couple avec son frère Fuxi, le premier Auguste légendaire de la mythologie chinoise. À partir des Tang, les deux Augustes sont présentés comme les inventeurs des rites du mariage, dont Nüwa est la patronne. Elle est également vénérée comme donneuse d’enfants. Comme tous les personnages de la mythologie antique, elle est connue par des textes assez tardifs (la plus ancienne description se trouve dans le Huainanzi sous la dynastie Han), sa nature exacte et son origine sont donc difficiles à déterminer.
Selon la légende, le mont Buzhou, l’un des piliers soutenant le ciel, ayant été brisé par Gonggong, un chef de tribu, lors de son combat contre Zhurong (ou Zhuanxu), le dieu du feu, la rivière céleste s’écoula sur la terre entrainant un déluge et, d’après le Huainanzi, des incendies et des attaques de bêtes féroces. Nüwa colmata la brèche en faisant fondre une pierre de cinq couleurs. Le Huainanzi précise qu’elle replaça le ciel sur les pattes d’une tortue, tua le dragon noir pour restaurer la terre et fabriqua une digue avec des cendres de roseau. Réparés, le ciel et la terre restèrent néanmoins légèrement inclinés en sens inverse l’un de l’autre, causant la dérive nord-ouest des astres et la direction sud-est des fleuves.
Nüwa réparant le ciel est une légende très populaire et une source d’inspiration pour des générations ultérieures. Le premier chapitre du grand roman de Cao Xueqin Le Rêve dans le pavillon rouge, l’une des quatre œuvres célèbres de la littérature chinoise classique, fait référence à ce mythe : Afin de réparer le ciel, Nüwa a raffiné 36 501 pierres, en a utilisé 36 500 et en a laissé une. Inutilisée, la gemme unique s’est métamorphosée en jade des communications transcendantes et a été réincarnée en Jia Baoyu, le jeune héros du roman, dont le prénom signifie « Jade Magique ».
Selon une fameuse variante du mythe, Nüwa a fondu sur la montagne Tiantai (Terrasse Céleste) pendant quatre-vingt-un jours et a produit un rocher de cinq couleurs de douze pieds d’épaisseur et vingt-quatre pieds de large. Les dieux en sont émerveillés. Ainsi, selon cette méthode, il a fallu encore quatre ans pour affiner 36 500 pierres de cinq couleurs, ce qui, avec la précédente, en totalisait 36 501. Les dieux et les généraux ont aidé Nüwa à réparer le ciel et ont utilisé 36 500 pierres. Parce que les pierres sont de cinq couleurs, elles forment des arcs-en-ciel et des nuages multicolores dans le ciel.
Récemment, le mythe de Nüwa réparant le ciel a été remis à l’ordre du jour. Il est devenu l’emblème chinois de la protection de l’environnement pour sauver la planète en péril. Selon informations des journaux chinois, pour commémorer le vingt-cinquième anniversaire du Protocole de Montréal visant à protéger la couche d’ozone et le vingtième anniversaire de la participation de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel à l’Opération Mending the Sky, le 21 novembre 2012, la sculpture « Nüwa Mending the Sky » ou « Nüwa réparant le ciel » créée et offerte par l’artiste chinois Yuan Xikun est officiellement stationné au centre des Nations Unies à Vienne. Inspiré de l’ancienne mythologie chinoise, le sculpteur reprend l’esprit de « Nüwa Mending the Sky » pour appeler la communauté internationale à protéger la couche d’ozone et à réagir activement au changement climatique mondial. C’est un bel exemple qui témoigne de la vivacité et de l’actualité du message que véhicule un vieux mythe, source intarissable d’inspiration intemporelle et universelle.
Conclusion
Les couleurs sont très importantes dans la culture chinoise et sont souvent utilisées de manière symbolique dans l’art, la décoration et les célébrations, dont le but n’est autre que de trouver des principes qui permettent d’ordonner la diversité du monde, ce qui est le rêve et le souci constant qui préoccupent Confucius et ses disciples. D’un autre côté, l’attitude de Zhuangzi à l’égards des couleurs inspire également depuis des millénaires la symbolique des couleurs en Chine. Cela explique pourquoi jusqu’à maintenant, le monde vivant qu’il a décrit fascine toujours. On peut dire qu’en Chine les couleurs ont toujours été aussi un enjeu emblématique entre le pouvoir réducteur et de l’institution rationaliste, tel le confucianisme dominant devenu religion d’état sous le règne de l’empereur Wu des Han occidentaux, qui prétend en rendre compte clairement et distinctement et les contrôler dans un langage social codé, et la puissance créative des imaginaires collectifs et individuel, tel Zhuangzi et ses successeurs, qui y puisent leur énergie vitale comme l’arbre la sève de ses racines profondes.
Nous savons que la couleur est un effet visuel de la lumière produit par les yeux, le cerveau et notre expérience de vie. D’une part, la perception de la couleur est déterminée par les propriétés physiques de la lumière, mais elle est aussi souvent affectée par les couleurs environnantes. D’un autre côté, elle est également influencée par la culture dans laquelle nous vivons. Différentes couleurs peuvent donner aux gens des sentiments émotionnels différents. Si la couleur est un mystère qui fascine et trouble en même temps, c’est vraiment un miracle que nous puissions voir les couleurs de ce monde. La couleur est comme un jeu de lumière, elle est plus puissante que le langage. C’est une sorte d’expression, de geste, de conflit, de mélange, de dimension, de relation. Dans la vie, les couleurs colorées nous apportent l’expérience visuelle la plus intuitive. En même temps, elles contribuent à transmettre des informations et des émotions et peuvent donner aux gens de riches connotations idéologiques. Comme le pois rouge rend amoureux, la couleur rend le monde meilleur et rend les gens plus heureux, car « la couleur apparaît dans sa diversité et sa richesse, comme l’image des richesses substantielles, et dans ses nuances infinies comme promesse d’inépuisables ressources. » (Durand, 2020).
Bibliographie
- Durand, G. (2020, 12e édition), Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris (France), Armand Colin, 507 p.
- Durand-Sun, C-Y (trad.). (2022), Trois cents poèmes des Tang, Paris (France), You Feng, 574 p.
- Fischer, H. (2019). Les couleurs de l’Occident. De la Préhistoire au XXIe siècle, Paris (France), Gallimard, 512 p. (Bibliothèque illustrée des Histoires).
- Fischer, H. (2023). Mythanalyse de la couleur, Paris (France), nrf Gallimard, 432 p. (Bibliothèque des Sciences humaines).
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- Zhong Yanqing. (2020) « Zhuangzi yan zhong de yanse » (Les couleurs aux yeux de Zhuangzi), Guangming Ribao, 03/04/2020 [consulté 04/2024]. http://www.rmzxb.com.cn/c/2020-04-03/2549594.shtml

