Résumé :

Du point de vue des plasticités mises en œuvre par l’artiste, la forme est peut-être le premier paramètre, mais la couleur, à la fois matière et lumière, opérée par la touche, serait le paramètre le plus visuel. Comment analyser ce paramètre dans notre contemporanéité ? Réflexion a posteriori sur l’œuvre, recherche-création ou étude d’un processus programmé, l’attention particulière à son processus de création par l’artiste, ou par un binôme composé d’un chercheur et d’un artiste, qualifient les « couleurs d’artistes ».

Abstract :

From the point of view of the plasticities implemented by the artist, the form is perhaps the first parameter, but the color, both material and light, operated by the touch, would be the most visual parameter. How can we analyze this parameter in our contemporaneity? Retrospective reflection on the work, research-creation or study of a programmed process, particular attention to its creative process by the artist, or by a pair composed of a researcher and an artist, qualify the “artist colors”.

Plasticités

À l’instar de la forme, de la touche, de la lumière ou du cadrage, la couleur est un paramètre plastique dont dispose l’artiste pour faire œuvre. Nous appelons paramètre plastique la donnée plastique qui peut être travaillée par l’artiste et reçue par le spectateur, à l’intersection de la création de l’un et de la réception de l’autre. Le paramètre plastique se situe entre les matériaux premiers de la création (support, matière, outil) et les opérations qui les transforment (découpage, collage, procédés de gravure, ou de photographie par exemple). https://www.ac-versailles.fr. Offert au regard du spectateur, à son appréciation ou à sa lecture, il est le résultat de la transformation par l’artiste des matériaux. Cependant, en tant que tel, le paramètre plastique est en amont du décryptage en termes de reconnaissance factuelle ou symbolique, en amont de la lecture.

L’origine du mot plastique, rappelle René Passeron, renverrait plutôt au modelage « former, plasticus se dit de tout ce qui peut être façonné par les doigts, notamment l’argile » (Passeron, 1992, p. 39). La forme pourrait ainsi bien constituer le premier paramètre plastique travaillé par le peintre ou le sculpteur ; Henri Focillon lui consacre un ouvrage, et l’interroge dans son rapport à l’espace, son élaboration par l’esprit, ses mutations et apparitions au travers du temps et des cultures, son inscription dans la matière. « La forme n’est qu’une vue de l’esprit, une spéculation sur l’étendue réduite à l’intelligibilité géométrique, tant qu’elle ne vit pas dans la matière » (Focillon, 1943, p. 50). L’auteur conçoit l’art « comme une topologie » liée « au poids, à la densité, à la lumière, à la couleur » (Ibid.).

Entre-deux

En tant que matière (indissociable des matériaux utilisés), la couleur s’avère un paramètre plastique plus fondamental que la forme déjà versée dans une interprétation de sens. Elle serait plus proche de la pâte ou de la texture, en amont de toute lecture formelle, « élément le plus proprement plastique » selon Passeron (Passeron, 1992, p. 55), qui émane du geste même de l’artiste pour lequel Henri Focillon fait « l’éloge de la main ». Elle nait de la touche, ce point de contact (qui lui-même a une forme), ce moment « celui où l’outil éveille la forme dans la matière » (Focillon, 1943, p. 63).

Mais la couleur est aussi bien lumière (émise par elle, selon sa valeur, mais aussi selon d’autres caractéristiques comme sa qualité). La couleur serait « LE paramètre plastique le plus prégnant visuellement » https://blogacabdx.ac-bordeaux-fr . Or, rien de ce qui est vu ne peut ancrer son existence dans la création s’il n’est d’abord touché, selon Focillon : « c’est du langage du toucher qu’il [l’artiste] compose le langage de la vue -un ton chaud, un ton froid, un ton lourd, un ton creux, une ligne dure, une ligne molle » (Ibid., p. 112). La couleur s’éprouve par la matière et le geste qui la dépose ou la travaille, mais aussi par l’œil auquel Passeron consacre un chapitre, à la suite de la main et des moyens matériels (Passeron, 1992, p. 95). A l’intersection du geste, du support, de l’outil, de l’œil, la touche donne vie aux formes. La couleur est touche de matière qui renvoie à la main et touche de lumière qui renvoie à l’œil.

Couleurs d’artiste

Quels sont les choix en termes de couleur ou de palette de couleurs que fait l’artiste dans son œuvre, et comment les analyse-t-il ? Que devient le paramètre plastique de la couleur dans notre contemporanéité, son repérage entre matériaux et réception baignée dans la sphère culturelle en jeu ? En quoi l’artiste élabore-t-il une nouvelle esthétique à destination du public (Kanso, 2024)  ? Quelle matière met-il en jeu dans le processus de création au croisement de l’art et de la science (Boucherifi, 2023) ? En quoi ses mythologies personnelles et intimes entrent-elles en résonance ou en dissonance avec la symbolique culturelle de la sphère dans laquelle elles s’inscrivent (Moreira, 2023) ? Réflexion a posteriori sur l’œuvre, recherche-création ou étude d’un processus programmé, l’attention particulière à son propre processus de création par l’artiste, ou par un binôme composé d’un chercheur et d’un artiste, qualifient les « couleurs d’artistes ». L’examen de la couleur comme donnée transversale ou paramètre fondamental d’un processus de création, scientifiquement traité, sera toujours fondé sur l’œuvre ou les œuvres, afin de :

  • Rester dans une démarche esthétique articulant la théorie à la pratique ;
  • Dans la mesure de la contemporanéité ;
  • Et de repérer l’innovation au cœur des créations artistiques.

Trois conditions président à la soumission d’un article dans cette rubrique : qu’un artiste (au moins) soit impliqué dans son écriture ; que son objet concerne une de ses œuvres (ou un ensemble) dont l’examen est approfondi ; que ce dernier s’attache à la question particulière de la couleur. La constante des articles attendus est le développement d’une approche scientifique sur la pratique propre de l’artiste à partir de son utilisation d’une couleur précise ou d’une palette particulière. L’œuvre étudiée peut-être une création plastique, de design, d’architecture, une performance, une vidéo, une série d’œuvres, une œuvre-projet, une exposition, etc. ; le choix disciplinaire scientifique est ouvert (anthropologique, mythanalytique, esthétique, technoscientifique, etc.), pourvu que l’approche s’attache à la poïétique de l’œuvre ; les couleurs devront être identifiées selon leur code hexadécimal : https://encycolorpedia.fr/

Bibliographie

Gallerie